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La flore des réserves naturelles des Aiguilles Rouges

Les plantes ont un cycle végétatif plus ou moins long aussi vous ne pourrez pas espérer observer des plantes printanières au cœur de l’été. D’autre part, le caractère éphémère de certaines plantes fait aussi le charme des paysages de montagne, si changeant d’une saison à l’autre.
Le but n’est pas de dresser ici une liste exhaustive de toutes les espèces végétales présentes dans les réserves naturelles des Aiguilles Rouges, mais plutôt de vous donner un bref aperçu des plantes les plus représentatives que vous pourrez apercevoir lors de vos randonnées, accompagné de quelques informations intéressantes.
Pour en apprendre davantage, nous vous attendons au col des Montets pour une balade gratuite sur le sentier de la découverte. Vous pouvez également participer à l’une des sorties botaniques organisées tous les ans par l’Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges, mais pour cela, pensez à vous inscrire à l’avance !


L’arnica des montagnes Arnica montana L.

Cette fleur est à observer de très près : nous nous rendons alors compte que ce n’est pas une fleur, mais une corbeille de fleurs ou mieux, un véritable jardin suspendu : plus d’une centaine de fleurs le composent.
D’où l’ancien nom donné à cette famille : l’arnica fait partie de la famille des composées, tout comme la marguerite ou le pissenlit.
C’est une famille qui est à la pointe de l’évolution.
Elle a trouvé le moyen d’économiser l’énergie en miniaturisant ses fleurs et en les regroupant. En réduisant leur taille et, surtout, la surface de leurs pétales et en se blottissant les unes contre les autre, les minuscules fleurs du centre perdent moins de chaleur, évaporent moins d’eau et résistent plus facilement au vent.
Tout autour, d’autres fleurs se sont spécialisées pour faire signe aux précieux insectes pollinisateurs : en se réunissant, une vingtaine de ces fleurs, dites ligulées, forme une somptueuse plate-forme d’atterrissage pour les insectes, tout en attirant de loin leur attention.
Mais la raison pour laquelle l’arnica est si connue, c’est évidemment la fameuse teinture mère fabriquée à partir des fleurs, efficace sur les contusions ou les entorses .

Le lis martagon Lilium matagon L.

Comme la plupart des autres plantes, le lis martagon a besoin des insectes pour transporter son pollen et se faire féconder. Mais il n’accepte pas n’importe quel insecte dans son intimité.
C’est pourquoi il a tourné sa fleur à l’envers des autres : impossible à un bourdon par exemple d’atterrir sur ses tépales* puisqu’ils sont inversés. Pas moyen non plus de s’y accrocher : ils sont lisses comme un miroir !
Seuls quelques papillons peuvent venir le visiter et boire le nectar, souvent en effectuant un vol stationnaire (à la façon d’un hélicoptère) sous la fleur ; déployant alors leur longue trompe, ils parviennent à aspirer le nectar situé tout en haut, à la naissance des tépales.
Tandis que le papillon se délecte ainsi en plein vol ses ailes frôlent les étamines et se chargent de ce beau pollen orangé qui sera déposé sur le pistil du prochain lis visité.
Le lis martagon préfère les papillons du soir, en particulier les petits sphinx, moins sensibles aux belles couleurs qu’aux bonnes odeurs. Voilà pourquoi c’est à la tombée du jour que le lis émet son odeur, que le petit sphinx n’aura plus qu’à suivre pour trouver, même en pleine nuit la fleur qui attend sa visite.
Les bulbes auraient été consommés en période de disette.
Leur couleur inspirait les alchimistes qui les auraient utilisés pour transformer la matière en or.
Se plaçant sous l’influence du dieu Mars, ils auraient donné son nom au martagon.

Le rhododendron ferrugineux Rhododendron ferrugineum L.

Le rhododendron ne perd pas ses feuilles l’hiver, il doit les protéger et surtout éviter de laisser geler les délicats bourgeons qu’il a déjà préparés en automne.
En effet, en montagne où l’été est si court, il faut être prêt dès les premiers jours du printemps.
En emprisonnant de l’air entre ses cristaux, la neige constitue un manteau protecteur très efficace contre le froid.
C’est pourquoi le rhododendron occupe les endroits où un enneigement prolongé lui assure une bonne protection (versant nord, combes…).
Au printemps, les jeunes pousses imprudentes qui ont mis « le nez dehors », dépassant le tapis protecteur de neige, sont « rasées » par le gel nocturne.
Les feuilles du rhododendron sont des merveilles d’adaptation au climat en montagne et au travail qui leur est demandé.
Elles sont de petite taille, il n’est pas possible ici de déployer de grandes feuilles : le vent aurait vite fait de les déchirer.
Et pourtant, il faut exposer le maximum de surface au soleil pour capter son énergie
. C’est la raison pour laquelle ses feuilles sont gaufrées, ce qui augmente leur surface, tout en donnant peu de prise au vent.
De plus, elles sont orientées vers le soleil. La couleur rouille du dessous des feuilles des années antérieures, due à de minuscules écailles glanduleuses et odorantes, a donné à cette espèce le qualificatif de « ferrugineux ».
Rhododendron vient du grec : « rhodo » = rouge, « dendron » = arbre

La gentiane de Koch (gentiane acaule) Gentiana acaulis L.

Grâce à la présence de ponctuations vert olive à l’intérieur de sa corolle bleu roi, elle est facile à distinguer de la gentiane de Clusius qui pousse sur substrat calcaire.
Ses graines ne peuvent germer si elles ne subissent pas une période de gel prolongé.
Comme les autres gentianes, elle a la particularité d’être très sensible à la température : un écart de 1°C seulement suffit pour qu’elle ouvre ou ferme les pétales de sa corolle C’est un bon thermomètre : elle ne s’ouvre jamais en dessous de 10°C.
Cette fleur, devenue légendaire au même titre que le rhododendron ou l’edelweiss, est représentée sur le logo de l’Association des Réserves Naturelles des Aiguilles Rouges.
Elle a aussi été l’emblème du Club Alpin Français pendant de longues années.

La grassette vulgaire Pinguicula vulgaris L.

On ne la distingue pas du premier coup d’œil car ses rosettes des feuilles charnues, qu’elle étale généreusement, sont d’un vert anémique.
La grassette ne se contente pas de tirer sa nourriture du soleil et de l’activité photosynthétique qui en résulte, mais elle va compléter son régime alimentaire avec des moucherons et autres petits insectes : c’est une plante « carnivore » !
Ses feuilles sont munies de glandes sécrétrices (plusieurs milliers par cm²) fournissant une enzyme permettant de décomposer les protéines qui va digérer les petits animaux en 1 à 3 jours.
Luisantes, elles sont recouvertes d’une sorte de glue.
Dès qu’une petite mouche ou un moustique se pose sur cette feuille accueillante, l’imprudent animal s’y trouve aussitôt collé et, à force de se débattre, s’englue lui-même et finit par se faire digérer.
Il n’en restera plus que les ailes et la « carcasse »… Quelques gouttes de pluie feront la vaisselle et la grassette sera prête à recommencer !
C’est ainsi que la grassette se procure des matières azotées dans un milieu qui en est presque dépourvu.
Autrefois, les grassettes étaient utilisées pour faire cailler le lait.

La linaigrette à feuilles étroites Eriophorum angustifolium Honck.

Pieds dans l’eau et cheveux au vent, voici la linaigrette.
Cette chevelure de soies blanches, qu’elle laisse flotter à tous les vents, porte les graines.
Pour maintenir une pareille charge sous les vents les plus violents, il faut une tige très solide.
Celle-ci est creuse : c’est un véritable tube, semblable à ceux que l’on utilise pour le échafaudages modernes : un tube, c’est à la fois léger, solide et flexible.
Il plie sous les efforts du vent, puis se redresse après la bourrasque.
Cette élasticité est assurée par des faisceaux de fibres très résistantes disposées le long des parois, à l’intérieur du tube : presque la structure du béton armé

La joubarbe des montagnes Sempervivum montanum L.

Vous la reconnaîtrez facilement à ses nombreuses rosettes, en forme de petits artichauts.
La mère joubarbe, la rosette centrale, maintient ses rejetons au bout de longs filaments, les stolons, comme s’ils faisaient du rappel.
Ceux-ci donnent le jour à toute une progéniture, reliée elle aussi, par des stolons.
Le rocher est alors peu à peu recouvert d’un véritable filet qui récolte l’humus, en filtrant les eaux de ruissellement et en maintenant en place ces nouveaux matériaux.
Peut-être aurez-vous la chance de voir une fleur au centre de la rosette.
La joubarbe mère ne fleurit qu’une seule fois dans sa vie, avant de mourir.

Le rumex des Alpes (rhubarbe des moines) Rumex alpinus L.

Les chamoniards le nomment « caux ».
Le rumex des Alpes donne des formations très denses.
Ces groupements sont très stables et bien visibles dans le paysage, avec leurs grandes feuilles vert sombre, teintées de rouge.
Les caux sont liés aux sous-produits des vaches, tout comme l’Ortie à celui des hommes Ces deux espèces nitrophiles (qui aiment les nitrates), se retrouvent dans les anciens reposoirs et les prairies fumées.
Les jeunes pousses de rumex des Alpes étaient utilisées dans l’alimentation traditionnelle.
Les feuilles étaient salées et données en hiver aux cochons.
Les racines étaient parfois utilisées comme purgatif.

Le mélèze Larix decidua Miller.

Le mélèze est un conifère original : il perd ses aiguilles en automne (il est dit caduque, c’est le seul conifère autochtone possédant cette caractéristique en France et en Europe).
C’est une adaptation très importante en rapport avec les contraintes écologiques liées à son habitat.
En effet, les aiguilles consomment beaucoup d'eau pour fabriquer les sucres nécessaires à la croissance de l'arbre lors de la photosynthèse.
De plus, celles-ci transpirent lorsque la nuit tombe et rejettent alors de la vapeur d'eau en grande quantité dans l'atmosphère En abandonnant ses feuilles lors de la mauvaise saison, le mélèze peut se reposer tout l’hiver sans dépenser une goutte d’eau (ou presque)!
C’est une condition indispensable s’il veut survivre sur des pentes ventées privées d’eau tout l’hiver à cause du gel.
Enfin, le mélèze est très bien adapté aux coups de vent car il possède de puissantes racines s’enfonçant profondément dans le sol.
On parle alors d’un système racinaire en pivot.